Projet de recherche


Le projet de recherche ci-dessous est dans sa forme initiale. Il a en particulier évolué à l’issue de la première année de recherche : en accord avec le comité de suivi de thèse, il a été décidé de consacrer les travaux à l’Association des archivistes français, en considérant les autres réseaux professionnels d’archivistes par rapport à cette association principale. Le cadre chronologique a été modifié en conséquence en le plaçant depuis 1970 jusqu’en 2010.

Vous trouverez sur cette page, mon projet de recherche doctorale. Christine Bard et Bénédicte Grailles-Marcilloux sont respectivement directrice de thèse et co-encadrante.

Les réseaux professionnels d’archivistes en France (1979 – 2009)

 

Le projet de recherche détaillé ci-dessous porte sur l’étude des réseaux professionnels d’archivistes en France qui, comme on l’observe dans d’autres professions, ont pris une place centrale dans les pratiques et les métiers liés aux archives. Pour preuve, la création en 2002 d’un département du réseau institutionnel et professionnel au sein de la Direction des archives de France spécifiquement en charge de cette question.

L’étude de ces réseaux, que l’on peut décrire comme des communautés d’archivistes, dont les interactions sociales sont construites autour de problématiques, de pratiques et d’intérêts  professionnels, s’intéressera à la période comprise entre la fin des années 1970 et 2009. Le métier d’archiviste a considérablement évolué au cours du XXe siècle mais la décennie 70 marque, pour notre sujet, de profonds changements. En premier lieu, la publication de la loi sur les archives le 3 janvier 1979, qui est la clé de voûte du nouveau système archivistique français, est complétée par le décret 79-1037 qui organise le réseau des services publics d’archives. Cette période correspond également à la mise en place de la première formation universitaire d’archivistes1 qui, avec celles qui ont suivi, a contribué à transformer la profession : augmentation du nombre d’archivistes, diversification de leur profil, glissement progressif du statut d’historien à celui de gestionnaire, professionnalisation ou encore extension du domaine d’intervention en direction du privé. Enfin l’essor et la diffusion des nouvelles technologies ont obligé les archivistes à s’intéresser à de nouveaux types d’archives2, mais leur ont aussi permis de bénéficier de nouveaux outils. Le terminus ad quem pourra être fixé par la réorganisation du ministère de la Culture en 2009 et la création d’une direction des patrimoines.

Le sujet prend pour cadre d’étude les réseaux français – parfois devenus francophones – mais l’extension aux réseaux étrangers, aussi bien nationaux qu’internationaux, devrait permettre de dégager les spécificités du cadre français. Dans une logique complémentaire, le parallèle avec les réseaux professionnels de métiers aux sensibilités proches, comme les bibliothécaires, conduira à évaluer dans quelles mesures, ces corporations ont fait vivre les réseaux de manière différente.

Le projet se propose d’examiner le sujet en allant du général (les réseaux dans leur ensemble) au particulier (les acteurs des réseaux) avec le regard et les méthodes historiques, sociologiques mais également en prenant appui sur l’analyse des pratiques professionnelles.

L’approche historique – sur une période, aussi contemporaine soit-elle –  devra permettre de saisir les évolutions de l’ensemble des réseaux professionnels d’archivistes – qu’ils soient institutionnels ou associatifs, catégoriels ou rassemblant les diplômés d’un même établissement, ou encore que leur existence soit plus ou moins formalisée. Il sera d’ailleurs nécessaire de s’interroger sur la notion même de « réseau professionnel » : en effet, si l’Association des archivistes français est reconnue dans le paysage archivistique français, d’autres regroupements d’archivistes sont sans doute moins bien identifiés. En plus d’appréhender leur contexte de création, de construction, et le cas échéant leurs évolutions, il s’agira de s’intéresser aux objectifs, moyens et outils des réseaux professionnels d’archivistes. La mise en évidence des connexions existantes entre eux, mais aussi des articulations avec les communautés d’acteurs « associés » tels les usagers ou les historiens permettra de cerner au mieux la place de chacun de ces réseaux. Le panorama complet et contextualisé des réseaux professionnels d’archivistes conduira à l’élaboration d’une typologie des réseaux professionnels d’archivistes.

L’approche sociologique du projet se concentrera plus spécifiquement sur les membres de ces réseaux. Cette réflexion s’attachera à déterminer quels sont les acteurs présents dans ces réseaux et quelles sont leurs motivations à y prendre part. Quelle est leur part d’investissement au sein de ces réseaux ? mais aussi dans quelle mesure ces derniers contribuent-ils à l’évolution de carrière de tout ou partie de leurs acteurs ? Par ailleurs, dans un métier où l’autonomie peut rapidement être synonyme de solitude, les réseaux professionnels sont-ils la réponse à l’isolement ? Suivant la même logique, alors que le terme « archiviste » recouvre aujourd’hui plusieurs réalités, les réseaux professionnels sont-ils garants du maintien de la cohérence entre les différents acteurs du monde archivistique ? Pour compléter cette dimension, il conviendra également de s’intéresser à tous les archivistes qui ne font pas partie des réseaux pour finalement répondre aux interrogations sur la représentativité des réseaux.

Enfin le dernier axe d’étude posera la question de la place des réseaux dans les pratiques professionnelles des archivistes. Dans le référentiel métier paru en 20093, les notions « connaître les réseaux », « animer un réseau » et « entretenir un réseau » comptent parmi les savoirs, savoir-faire et même savoir-être attendus, d’une partie des vingt-sept activités identifiées. Mesurer la maîtrise des notions de réseau par les archivistes obligera à étudier les formations de ces derniers, mais également les utilisations qu’ils font des réseaux : servent-ils de relais ou de contournement à l’institution ? reflètent-ils le réseau hiérarchique ou sont-ils le moyen de s’en affranchir ? Le 3 juin 2009, la fin de la liste Biblio-fr est annoncée par ses modérateurs4 : parmi les raisons invoquées, l’éloignement des objectifs initiaux et l’essor de nouveaux supports pour les réseaux. Loin d’être synonyme d’une perte de vitesse des réseaux professionnels de bibliothécaires, cette décision reflète davantage l’existence – et en l’occurrence, la reconnaissance – de nouvelles formes. Pour autant, cet événement n’a semble-t-il pas porté la réflexion de la communauté d’archivistes français sur l’utilisation de leurs propres outils. Ainsi, les réseaux professionnels devraient nous renseigner sur l’évolution du métier d’archiviste.

À la croisée des domaines de l’archivistique, de l’histoire, de la sociologie et des sciences de l’information et de la communication, le sujet nécessite la mise en œuvre d’une démarche adaptée, où moyens transversaux et spécifiques seront conjointement déployés.

Ainsi, à côté de l’exploitation des sources écrites traditionnelles (archives associatives5, archives publiques, archives privées), nous nous appuierons sur la littérature professionnelle. La prise en compte des nouveaux outils engendrera la composition d’un corpus de sources électroniques à partir de listes de diffusion, de forums, de billets et commentaires de blog. L’accent sera notamment porté sur l’étude de la liste de diffusion Archives-fr qui est actuellement l’outil de réseau le plus « utilisé » en France6 par les archivistes. L’approche sociologique sera quant à elle basée sur les méthodes d’analyse des réseaux sociaux7 et complétée par la collecte de témoignages. Enfin la création d’un blog à la fois témoin de l’avancée du projet, et vecteur des résultats de la recherche, devrait également nous permettre d’expérimenter, de manière empirique, la participation aux réseaux professionnels d’archivistes.

Bibliographie indicative :

Jean-Luc CHABOT, Nicolas MACAREZ, Méthodes des sciences sociales, Paris, PUF, 1995, 364 p.

Jean DEFRASNE, Histoire des associations françaises, Paris, Editions L’Harmattan, 2004, 147 p.

Susan T. FISKE, Psychologie sociale, Bruxelles, Editions De Boeck Université, 2008, 759 p.

Louise GAGNON-ARGUIN, L’Archivistique : son histoire, ses acteurs depuis 1960, Québec, PUQ, 1992, 229 p.

Maurizio GRIBAUDI et Alain BLUM, « Des catégories aux liens individuels. L’analyse statistique de l’espace social », Annales ESC, n° 6, 1990, pp. 1365-1402.

Hubert Landier, Daniel Labbé, Les organisations syndicales en France, Paris, Groupe Liaisons, 2e édition, 2004, 240 p.

Claire LEMERCIER, Claire ZALC, Méthodes quantitatives pour l’historien, Paris, La Découverte, coll. « Repères », 2008, 128 p.

Claire LEMERCIER, « Analyse de réseaux et histoire », Revue d’histoire moderne et contemporaine, n° 52-2 2005/2, 2005, pp. 88-112.

Vincent LEMIEUX, Mathieu OUIMET, L’Analyse structurale des réseaux sociaux, Méthodes en sciences humaines, Bruxelles, Editions De Boeck Université, 2004, 112 p.

Alex MUCCHIELLI, Les sciences de l’information et de la communication, Paris, Hachette supérieure, 4ème édition, 2006, 160 p.

Marc PENOUIL, Gabriel POULALION, Sociologie pour les sciences sociales, Paris, L’Harmattan, 2008, 514 p.

Danièle TARTAKOWSKY (dir.), Syndicats et associations : concurrence ou complémentarité, Rennes, Presses Universitaires de Rennes, 2006, 481 p.

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  1. En 1977, l’Université de Haute Alsace, à Mulhouse, délivre les premiers diplômes de licence en archivistique. []
  2. Pour exemple, citons l’arrêté du 29 juillet 1976 sur la création, auprès de l’Institut national de l’audiovisuel, d’un comité de conservation des archives audiovisuelles. []
  3. Référentiel métier, La profession d’archiviste ou les métiers des archives []
  4. https://listes.cru.fr/sympa/arc/biblio-fr/2009-06/msg00000.html (consulté le 28 septembre 2009). []
  5. Notamment le fonds 110 AS de l’Association des Archivistes français (A.A.F.) conservé au CHAN. []
  6. Il compte actuellement 2086 membres, tandis que l’AAF rassemble un peu plus de 1200 adhérents. []
  7. La Sociologie des réseaux sociaux []

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